Extrêmes droites : le réveil des « racines chrétiennes » de l’Europe

 Extrêmes droites : le réveil des « racines chrétiennes » de l’Europe

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Une conférence qui se déroulera début février à Rome annonce une jonction entre la droite juive et les droites américaine et européenne.

Marion Maréchal prendra la parole, les 3 et 4 février à Rome, à une conférence sur le « national-conservatisme » qui a son importance. En effet, Matteo Salvini et Viktor ­Orbán y sont également attendus, tout comme Giorgia ­Meloni, la dirigeante des Frères d’Italie (Fratelli d’Italia), devenue une personnalité d’un certain poids sur la scène politique italienne, puisque sa formation postfasciste est créditée d’environ 10 % des intentions de vote.

En caractères plus petits sur l’affiche figure le nom d’un député européen du parti polonais au pouvoir, Droit et Justice : Ryszard Legutko, ancien ministre de l’Éducation, ancien dissident et catholique fervent, philosophe du politique, et à ce titre une des têtes pensantes de son parti. Au Parlement, il est coprésident du groupe eurosceptique des Conservateurs et réformistes européens (CRE). Est-ce un signe de l’attitude future du Fidesz hongrois, en délicatesse avec le Parti populaire européen (PPE, droite traditionnelle europhile) ? C’est une possibilité, qui rejoindrait la très récente déclaration d’Orbán sur sa volonté de créer un « nouveau mouvement européen chrétien-démocrate » si la CDU allemande, Les Républicains, le Parti populaire espagnol et le reste de la droite venaient à le lâcher pour de bon, par exemple en l’excluant du PPE.

Affiche de la conférence prévue à Rome

« Une civilisation non pas à défendre mais à restaurer »

On l’oublie un peu vite, la démocratie chrétienne n’est pas nécessairement un mélange de libéralisme économique, de morale chrétienne humaniste, de modération politique et de fédéralisme européen tel qu’Angela Merkel le pratique. Ce peut être un conservatisme nationaliste qui met en avant l’idée phare d’une civilisation chrétienne non pas à défendre mais à restaurer, dans un esprit de reconquête. Ce peut être un antilibéralisme économique et sociétal. Bref, ce qui réunirait Marion Maréchal, le Premier ministre hongrois et son ancien homologue polonais Jaroslaw Kaczynski.

Quand on regarde de près l’affiche de ce rassemblement organisé par le think tank Nazione Futura, deux autres noms moins connus sautent aux yeux : Yoram Hazony et Ofir Haivry, deux intellectuels importants du « camp national » israélien. Fondateurs de l’Institut Herzl à Jérusalem, auparavant du Shalem Center et d’une revue conservatrice, Azure : Ideas for the Jewish Nation (« des idées pour la nation juive  »), très lue tant en Israël qu’aux États-Unis, ces penseurs symbolisent bien un courant assez nouveau du sionisme. Celui qui, tout en soutenant le Likoud et bien que sioniste, trouve que le sionisme de droite doit se doter d’un corpus doctrinal adapté à notre époque, qu’il n’hésite pas à qualifier également de « national-conservateur  ». L’idéal de cette tendance, au sein de laquelle les juifs religieux comptent pour une part, ce n’est pas tant Netanyahou et Trump que le conservatisme de Burke allié à celui d’Irving Kristol, éventuellement appuyé par les chrétiens évangéliques à la Mike Pence. Tout ceci transposé dans l’État hébreu mais aussi dans la diaspora, où il y aurait un «  kulturkampf  » à mener contre l’hégémonie des intellectuels libéraux.

En ce sens, la réunion de Rome est un signe de la jonction en train de s’opérer entre la droite antilibérale juive et les droites antilibérales américaine et européenne d’inspiration chrétienne. Non plus uniquement pour parler théorie dans des revues comme Azure, mais pour construire une force politique militante. Judéo-chrétienne, en somme.

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